J'ai malheureusement dû retourner au CMP, faute d'avoir pu joindre quelqu'un d'autre et avoir un rendez-vous en dehors à temps.
J'ai été reçue par le charmant Dr. C.
Moi qui n'aimait pas franchement le Dr. R., que je consultais depuis le départ à la retraite du Dr. W. (ça en fait des abbréviations! amusez-vous à compter le nombre de fois où
apparaît le mot "Dr." dans le post!) le Dr. C se révèle être le pire de tous ceux que j'ai pu voir jusqu'à maintenant.
Déjà, il m'accueille en me disant "nous avions rendez-vous le 2 février, mais vous n'avez pas pu venir à ce moment là pour des raisons d'emploi du temps". Je
récupère au vol avant qu'il enchaîne "Non, ce n'est pas ça, à l'époque j'étais totalement libre, donc si j'avais eu un rendez-vous, je serai venue." Il fronce les sourcils en signe
d'incompréhension (mon cul, comme si il se souvenait pas...) Je lui dis "Le Dr. R. m'avait dit que le CMP me téléphonerait pour me donner un rendez-vous, après que nous ayons
constaté ensemble que nos emplois du temps respectifs ne concordaient plus. Mais je n'ai jamais reçu de coup de téléphone." Un simple "ah", en réponse...Bref, il ne relève
donc absolument pas, tant pis. Il me demande donc "comment se fait-il que vos horaires aient changé dans votre activité professionnelle". Mon dossier (qui commence à être épais) se
tient là, bien fermé, sur son bureau. Vu ce qu'il me dit, j'en conclus que, comme le Dr. R., il en a pas lu une miette, ou alors très peu.
J'avais décidé depuis le départ de rester calme, de jouer le jeu pendant toute la séance, d'être une coucourge bien docile puisque de toute façon je me barrais de cet endroit
sous peu.
Je lui dis calmement "je suis étudiante, le 2e semestre a commencé en février, et les emplois du temps changent à chaque semestre". Il me dit "Ah, oui,
vous êtes étudiante. En quelle année?" "En deuxième année de licence" "Et en quoi?" "En Informatique." "Ah, donc vous aurez votre
DEUG à la fin de l'année donc." Pourquoi j'aurais précisé 2e annee de LICENCE si je préparais un DEUG, ducon... "Non, je suis à Paris VI, et comme dans beaucoup de fac, la
réforme LMD a été appliquée, donc le DEUG n'existe plus" "Et quel master allez-vous faire après? A quelle vie professionnelle vous destinez-vous?" Pourquoi, parce que
c'est obligatoire le master? J'ai pas le droit de faire autre chose ou de me lancer dans la vie active? Bon, larguons-le bien, il arrêtera là-dessus. "Cela dépendra du master que
j'obtiens. On doit faire deux voeux, et ceux que j'ai choisis mènent à des voies différentes. L'un, 'Architecture et Conception de Systèmes intégrés' est tout de suite professionnalisant à la fin
du Master, et l'autre, 'Intelligence Artificielle et Décision' mène plutôt à de la recherche, donc potentiellement à la poursuite vers un Doctorat". "Ah bien, vous avez donc des
projets clairs " Dire que je me demande encore ce que je vais bien pouvoir faire après cette foutue licence d'info....
Il continue les questions classiques du premier entretien psychiatre/malade "Vous avez des contacts, des amis?" "Oui, j'ai un petit ami, et des
amis" "Vous les voyez régulièrement, vous sortez le week-end, vous avez des activités?"Non, le week-end je DORS. En plus, je suis asociale et misanthrope."Oui, je sors " "Vous faites quoi par exemple"Pfff, quel emmerdeur, allez, on lui sort la totale"J'aime bien aller au cinéma, je vois mes amis, en général on se
retrouve chez les uns ou chez les autres"J'ai aussi un chat, une souris, un canari, une tortue, une plante verte, et je distribue des tracts pour l'UNEF, je suis bénévole dans les
maisons de retraite, je me baladeuh dans les rues en chantant lalala la vita e belllaaaa. Il est con, mais même ça, ça aurait été too much et louche même pour lui."Vous avez des
frères et soeurs?"Pffff, t'aurais pu prendre la peine de lire AU MOINS le début du dossier quoi...."Oui, un frère aîné, il habite en banlieue, à xxxxx" "Vous vous voyez
souvent?" "Non, il habite loin et a un travail aux horaires très contraigants et pas souples""Vous vous entendez bien? "Oui.(?)" "Alors pourquoi vous ne vous voyez pas plus
souvent? "Il est sourd ou il est con?"Par manque de temps" "Ah, juste par manque de temps, mais vous n'êtes pas en conflit alors. " "Oui, c'est ça".
Là, commence l'interrogatoire pur et dur. Et je me suis demandé à quoi il jouait avec moi. Il aurait pu être plus subtil dans sa façon de poser des questions, pour me faire un
peu moins sentir qu'elles avaient pour but de vérifier si je n'étais pas mythomane et/ou schizophrène. C'est très agaçant de voir sa santé mentale être remise en question comme ça, de devoir
justifier qu'on est sain d'esprit en répondant "bien". "Quel est votre traitement actuel, Mademoiselle T.?"Tiens tiens, le ton est devenu glacial. Allons-y, je récite"Effexor50,1 matin et 1 soir;
Valium2, 1 matin et 1 midi; Valium5, 1 le soir; Abilify, 1 le soir" Là j'ai un peu flippé, parce que je me souvenais plus du dosage de l'abilify, vu que ça fait plusieurs mois que je l'ai
arrêté toute seule. "Et le Zyprexa?" "Ben je l'ai arrêté il y a plus d'un mois, avec le Dr. R."Il a lu le dossier? Il l'a pas lu? Il me teste?"Et l'Abilify,
c'est du 5 ou du 15?"Ô providence, si il avait pas donné les deux dosages existant, je me serais pas rappelée"Du 15"Il passe à autre chose, j'ai réussi le
test, je connais ma médication, c'est donc que je la prends régulièrement."De l'alcool? "Non, jamais" "De la drogue?"Oui bien sûr, les AD et le valium, c'est quoi, des
bonbons?"Non" "Cigarette?"Tu m'fais tellement chier que oui, merci, j'en grillerais bien une, là, tout de suite, même si je suis non-fumeuse."Non".
"Bien."
Ton plus sérieux. "Avez-vous été en rupture de traitement?"Tiens, il se rappelle de ma mère qui était venu lui demander de renouveler mon ordonnance et
qu'il avait envoyée gentiment sur les roses alors."Oui" "Combien de jours?" J'avais mal compris, je pensais qu'il voulait parler du problème des ordonnances, non, il voulait
juste savoir si j'avais réussi à me procurer des médocs "Ah, non, je n'ai pas été en rupture de traitement, mais c'était tout juste, la transition s'est fait pile à un jour près"Et c'est pas grâce à toi connard. "Combien de fois avez-vous été hospitalisée, Mademoiselle T."Cette façon de répéter "Mademoiselle T." à chaque nouveau thème dans ses questions, il aurait
dû être flic lui. Drôle de question tout de même. "Une fois" "Une seule fois?"No comprendo. "En service psychiatrique?" "Oui" "Une fois. A l'annexe
psychiatrique F.D. de l'hôpital L."Là, tu les as tes détails, j'ai bon?"Quand ça?" "En 2006" "Donc une seule fois, après votre tentative de suicide."Bing,
il l'a lu mon dossier, et pas qu'un peu. Il me teste à fond.
Il semble attendre quelque chose d'autre. J'ai beau réfléchir, je suis passée par la case hôpital qu'une seule fois. Je tilte. "Et j'ai passé une semaine au CAC(Centre d'Accueil et de Crise, endroit un peu comme un CMP, mais on dort là-bas et on voit un psychiatre tous les jours), suite à une demande du Dr. W." "Quand ça?"Alors là, je dois me rappeler le mois, le jour et l'heure aussi?"6 ou 7 mois après avoir commencé mon suivi au CMP"Apparemment, j'ai bon, la tension baisse un peu.
Mais fallait y penser, au CAC, c'est bien un 'accueil' temporaire, même si tu y dors, ça en fait pas non plus une structure hospitalière. Mais c'est ce qu'il voulait entendre.
Il reprend un ton plus affable. Quel faux-cul. "Bien, si tout va bien, tant mieux, mais je suis votre psychiatre, donc si quelque chose ne va pas, il ne faut pas hésiter
à le dire." "Eh bien, écoutez, justement, c'est notre premier rendez-vous, donc c'est normal que vous posiez ces questions -tu parles- pour établir un
contact -vérifier à quel point je suis atteinte-, mais après l'accueil que j'ai reçu, et que ma mère a reçu aussi d'ailleurs, que je trouve intolérable, j'ai pris contact avec un
psychiatre en dehors du centre" Il réfléchit quelques instants "Vous savez, le Dr. D-R., le Dr. W. le Dr. R., et moi-même estimons tous qu'il vaut mieux que vous continuiez à
prendre votre traitement. Maintenant, libre à vous que ce soit en libéral."Le Dr.W.? Elle est tranquillement à la retraite depuis septembre dernier, qu'est-ce qu'elle vient faire là
dedans, et en quel droit il parle en son nom? Le Dr. D-R? Eh be, quel faux-jeton celui là : c'est le psychiatre qui travaille en libéral, que j'ai contacté pour qu'il me prenne en charge, ou à
défaut qu'il m'indique un confrère, ce qu'il a fait. Il a travaillé à une époque (bien avant que je n'y arrive) dans ce CMP-ci. Au téléphone, il m'avait demandé pourquoi je voulais quitter le CMP,
et m'avais dit que je devais quand même en informer le CMP avant de partir. Il a donc téléphoné au CMP alors, pour les avertir que la petite schizophrène manipulatrice tentait une manoeuvre,
attention attention.
Bref, à quel moment j'ai parlé d'arrêter mon traitement? Et pourquoi j'aurais contacté un psychiatre en dehors du centre, si c'était pas pour ça? Franchement, si depuis le début
il me considérait assez intelligente pour être une vile manipulatrice, pourquoi ne pas montrer plus de subtilité dans son interrogatoire et ses réflexions, pour pas que je me sente questionnée et
remise en doute sur ma santé mentale?
Enfin bon, il a conclu, très grand seigneur "Si vous ne trouvez pas de psychiatre en dehors, sachez que je ne refuse pas de vous suivre."Ben voyons, on
semble tellement se faire confiance tous les deux, ça marcherait à coup sûr.
Sur ce, ordonnance, rendez-vous pour dans un mois au cas où je ne trouve pas d'autre psychiatre. Petit sourire au coin des lèvres : il semble persuadé que je vais revenir en
rampant et en pleurant "Pardon monsieurrr!!!! Je suis une vile mythomane, je n'ai pas trouvé de psychiatre! Traitez-moiiiiiii!" Sourire au coin de mes lèvres aussi, pas pu m'en empêcher, il était
tellement ridicule que c'en était comique.
Il rajoute aussi. "Vous êtes sûre qu'il n'y a rien qui va mal, rien qui vous gêne?"J'hésite. Mais puisque tu tends la perche"Qui me gêne, si.
Si je quitte le CMP, c'est à cause de l'accueil tout particulièrement déplorable que j'a i reçu. Et je trouve pire que ma mère ,qui a fait un long voyage, et s'est déplacée jusqu'au CMP pour moi,
parce que je ne pouvais pas venir, ait reçu le même". Il ne relève même pas. Je lui demandais pas de me dire "Je vais tout faire pour que cette méchante secrétaire soit virée", mais au
moins quelque chose comme "Quel accueil, expliquez-vous?" Nada.
Pour finir, il m'annonce "une infirmière va prendre votre tension". Ah, bon. C'est la première fois, depuis 2006 que je viens au CMP, qu'un psychiatre
demande à ce qu'on prenne ma tension. Il aurait au moins pu me dire "une infirmière va prendre votre tension, pour vérifier si vous supportez toujours bien le traitement" ou "est-ce qu'on a pris
votre tension récemment? non? dans ce cas cas une infirmière va prendre votre tension" . Je pense surtout qu'il voulait savoir dans quel état de stress m'avait mis son interrogatoire, (donc
augmentation de la tension). S'il avait pu utiliser un détecteur de mensonge pendant toute la séance, il l'aurait sûrement fait. Manque de pot pour lui, restait qu'une infirmière dans le centre, et
elle était occupée avec un autre patient. Donc le temps qu'elle prenne ma tension, l'éventuel pic avait eu le temps de redescendre largement. 13.8. Normal (enfin, normal dans la tranche vers le
haut vu mon âge, mais vu que les effets secondaires notoires de ce que je prends, c'est un effet hypertenseur, ça va)
Conclusion : bye bye le CMP, j'ai un rendez-vous en dehors. Et même si ça marche pas, il y a un psychiatre au cabinet où je vois ma psychothérapeute, qui peut me faire une
ordonnance de secours jusqu'à ce que je trouve la bonne personne avec qui le courant passe.
En tout cas, il y a des bons psychiatres, des malhabiles, des lunatiques, des incompétents. Lui, c'est un autre genre encore : le psychiatre tout-puissant qui place le patient
dans une position de malade mental/infériorité et lui supériorité/paternalisme. Oui mon fils, je te guérirai, amen! A mon avis, il a un sacré problème d'ego. Une relation "hiérarchique" est
obligatoire à mettre en place chez un psychiatre, contrairement à un psychothérapeute, je ne le remets pas en cause. Mais en général, on évite quand même d'infantiliser/débiliser/discréditer toute
parole du patient. Le but, c'est quand même qu'il se sente mieux.
Mauvaises langues